L’escalade en salle connaît un véritable essor, aux États-Unis comme en Europe.
Activité complète, conviviale et stimulante, elle est souvent recommandée pour ses bienfaits physiques et mentaux.
Mais une récente étude remet en question un aspect que peu de grimpeurs soupçonnaient: la qualité de l’air dans les salles d’escalade pourrait être dangereusement polluée.
Une pollution comparable à celle des grandes métropoles
Des chercheurs de l’université de Vienne et de l’EPFL à Lausanne ont analysé l’air de plusieurs salles de bloc en Autriche, en France, en Espagne et en Suisse.
Leurs résultats, publiés dans la revue ACS ES&T Air, sont pour le moins inquiétants : les niveaux de pollution y seraient « parmi les plus élevés jamais mesurés au monde », comparables à ceux observés près de routes très fréquentées dans les mégalopoles.
Les salles les plus petites et les moins bien ventilées affichaient les taux les plus préoccupants.
Le coupable : les chaussures d’escalade !
L’origine de cette pollution ?
Les semelles en caoutchouc des chaussons d’escalade. Lors des frottements contre le mur, ces semelles libèrent des composés chimiques — les RDCs (Rubber Derived Compounds), similaires à ceux qu’on retrouve dans les pneus de voiture.
Ces substances se déposent sur les prises, le sol… et surtout se retrouvent dans l’air ambiant sous forme de particules fines, que grimpeurs et personnel peuvent respirer.
Les chercheurs ont testé 30 paires de chaussons et y ont retrouvé une large gamme d’additifs chimiques potentiellement nocifs pour la santé.
Des risques encore flous, mais une précaution urgente
Les effets exacts de ces composés sur la santé ne sont pas encore bien connus, mais les auteurs de l’étude appellent à la prudence.
Le professeur Thilo Hofmann, co-auteur de l’étude, demande aux fabricants de chaussons de se tourner vers des matériaux moins dangereux :
« Ces substances n’ont rien à faire dans l’air que nous respirons », a-t-il déclaré au site Phys.org.
« Il est logique d’agir maintenant, avant même de connaître tous les risques, en particulier pour les groupes sensibles comme les enfants. »
Un sport en pleine expansion
Aux États-Unis, plus de six millions de personnes ont pratiqué l’escalade en salle en 2024, et plus de 500 salles sont désormais ouvertes à travers le pays.
L’activité est généralement perçue comme bénéfique : une étude publiée en 2018 par la National Library of Medicine montre que les grimpeurs réguliers ont une meilleure amplitude de mouvement et une VO2 max plus élevée que les non-grimpeurs. Sans parler de l’impact positif sur la santé mentale souvent souligné par les adeptes.
À retenir
L’escalade reste une discipline formidable, mais cette étude nous rappelle que même les environnements sportifs peuvent présenter des risques invisibles.
En attendant une évolution des matériaux utilisés, améliorer l’aération des salles, porter une attention à l’entretien des prises et sensibiliser les grimpeurs peuvent être des premières mesures simples à mettre en place.
