Myriam Goudet tient sa revanche
03/04/2017

Ce dimanche 2 avril, la Dijonnaise Myriam Goudet est devenue la première rameuse française à remporter la mythique Boat Race avec l’Université de Cambridge. En ce lundi de post-course, elle nous livre ses impressions…

Qu’est-ce que ça fait d’être la première féminine Française à remporter cette course mythique ?

Je suis très fière !  C’est un très grand honneur ! J’espère que de nombreuses autres rameuses françaises prendront la suite !

Peux-tu nous parler des conditions de course ? Est-ce qu'un détail t’a marqué avant de prendre le départ ?

Les conditions de course étaient absolument parfaites : un grand soleil, pas trop chaud et juste un brin de vent. Tout l’opposé de l’an passé. Tout était réuni pour faire de bonnes performances. Même si, une fois encore, nous nous étions préparées à toutes les conditions (surtout après l'expérience de  l’an passé ! Nous nous sommes même s’entraînées à couler à l’entrainement pour voir si les pompes marchaient mieux).

Pour être honnête, toute la semaine j’étais un peu anxieuse, car même si tout se passait bien en bateau, il y a TOUJOURS un problème pendant la Boat Race et je me demandais ce qui allait se passer. La veille de la course, un passant a trouvé une bombe de la Seconde Guerre Mondiale à marée basse. Je me suis dit c’est ça !!! Certains journaux annonçaient déjà que la course serait annulée. Finalement tout s’est déroulé comme prévu. Puis en montant à l’échauffement, l’hélice sous le bateau s'est mise à faire beaucoup de bruit, ce qui gênait notre barreur Matthew pour parler. On a appelé notre entraineur et on l’a retirée sur l’eau. L’échauffement a donc été raccourci. Je me suis dit c’est tout bon là ! On peut ramer sereinement, rien d’autre n’arrivera !

Rien ne m’a vraiment frappé avant le départ (il y avait peut-être un peu plus de spectateurs le long du parcours que l'année dernère), nous étions concentrées sur le moment. C’était la consigne principale. Vivez le moment les filles, ramez coup de pelle après coup de pelle. C’est ce que nous avons fait et je ne l’oublierai jamais. L’énergie dans ce bateau était incroyable, et ce depuis notre 1ère sortie en stage en Espagne début janvier.

Qu’est ce que tu t’es dit quand il y a eu, dès le départ, une fausse pelle du côté d’Oxford ?

Je n’ai pas tout de suite réalisé qu’il y avait eu un problème dans le bateau d’Oxford. C’est uniquement quand j’ai senti qu’on avait une longueur que je me suis dit : non ce n’est pas possible !

Pour nous la victoire est complète. Le départ de la Boat Race est plus compliqué que n’importe quel départ, car on ne part pas les pelles au carré dans l’eau. Les pelles doivent être à plat sur l’eau légèrement à 45 degrés pour ne pas se faire attraper par le courant. Quand l’arbitre lance le départ, on doit tourner la pelle et laisser le courant pousser la palette pour prendre l’appui. Il faut aussi prendre en compte le courant qui pousse continuellement le bateau dans un sens ou dans l’autre. Ce n’est pas évident, et tout le monde sait que le risque de fausses pelles à ce moment-là est le plus élevé. L’année dernière Oxford avait déjà eu un problème sur le départ. Tous les ans, il y a un souci. Cela fait partie de la course. On a battu le record de la course d’une minute et on a creusé l’écart tout au long du parcours. Oui, peut-être que les choses auraient été différentes sans leur fausse pelle, mais cela fait partie de la course !

Peux-tu nous parler de la composition de l’équipe par rapport à l’année dernière ? Vous êtes-vous entrainées différemment ?

Nous n’étions que deux du bateau de l’an passé : Ashton et moi. Les 6 autres filles sont des filles qui ont appris à ramer à Cambridge mais qui ont déjà plein d’expérience, car elles ont ramé plusieurs fois au Championnat du monde -23 ans (Imogen Grant, Melissa Wilson et Holly Hill) ou des étrangères avec de l’expérience internationale, Anna (Dawson), Alice (White) et Claire (Lambe). Claire Lambe était dans le double poids léger irlandais qui finit 6eme aux JO de Rio. Rob Baker (notre coach) était son coach quand il était encore entraineur -23 en Irlande. J’ai l’impression qu’il fallait au moins avoir ramé en Equipe nationale pour gagner une place dans ce bateau !

Pour ce qui est de l’entrainement, oui clairement des choses ont changé. On a fait beaucoup plus de bateau court au premier semestre, les temps à l’ergo étaient ajustés au poids et la compétition entre les rameuses était plus animée. Cependant, l’année dernière il y avait déjà tout ce qu’il fallait pour gagner. L’énergie qu’il y a au sein de ce club est incroyable et il y a tous les outils pour performer. Les entraineurs, le comité directeur se donnent corps et âme pour ce club, mais comme toujours, il faut du temps pour créer une dynamique. Il a fallu 4 ans pour  que nous en arrivions là. Je pense que cette année, le fait d’avoir plusieurs athlètes avec de l’expérience internationale a fait la différence. Pas seulement pour la victoire mais pour la dynamique générale. Notre bateau réserve a gagné avec 13 longueurs d’avancent sans avoir aucune rameuse internationale !!

Et l’année prochaine, tu remets ça ?

Joker ! Honnêtement, je ne sais pas. J’adore l’aviron mais je commence à avoir du mal à me lever tous les matins à 5 heures. Préparer la Boat Race est assez intense parce qu’il n’y a que 6 mois pour construire quelque chose. Je ne veux pas me lancer dans une année supplémentaire si je ne suis pas sûre à 100 % que c’est ce que je veux faire. De plus, l’université de Cambridge c’est bien plus que l’aviron, il y a des gens absolument incroyables qui sont là pour t’orienter, t’aider à préparer ton futur. Je veux pouvoir prendre le temps d’utiliser tous ces outils. Et pour être honnête, pour l’instant j’ai une autre course qui m’attend : mon doctorat ! C’est beaucoup de travail et j’adore ça. Les filles de mon bateau passaient leur temps à me demander si mes algues grandissaient bien (je travaille sur les algues).

Pour l’instant je suis plutôt à me dire, prends une année de repos et reviens l’année d’après (j’ai encore 2 ans de thèse) !

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